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César d’Arnault Joubin

Nathalie GALLON, membre de l’AICA, commissaire d’exposition, conseillère artistique et directrice éditoriale indépendante de livres de photographies, nous invite à partager sa vision de « César » de Arnault Joubin.

César, Portraits, Arnault Joubin

 

« Mon imagination se met en marche lorsque j’ai touché les choses. Tout de suite, je peux rêver », alertait César, sculpteur d’origine italienne, né en 1921. Le toucher est un outil d’exploration performant, mêlé à des représentations et des sentiments. En cela, l’artiste, en un tour de main, se laisse guider par ses intuitions que le toucher lui inspire. La main participe à la construction du sens, en donnant forme à des contenus de rêves, encore trop vagues.  Cette photographie d’Arnault Joubin a été prise, sans idée préconçue, presque sans parole échangée. Derrière l’objectif, l’œil du photographe, a saisi l’artiste, les mains serrant le sommet de son crâne, comme un signe de reconnaissance. Il n’a plus rien à prouver.  Il porte les fameuses lunettes dont les verres en forme de demi-lune, monture et branches en métal. L’objet « lunette graduée » rappelle le côté « récup » et se réfère à la vue et au calcul du rapport de forces entre les éléments que César a dû évaluer pour ses sculptures parfois monumentales. Arnault Joubin, sculpteur aussi, a intuitivement proposé à l’artiste cette pose. Comme si grâce à cette proposition, la main de l’artiste, celle qui obéit au tact le plus élevé, dessinait le volume de sa tête, en même temps que le dispositif optique saisissait le visage, quelques années avant sa disparition. En ayant une longueur d’avance que le photographe lui a volontairement  laissée, avant qu’il ne le mémorise sur le papier, César est en train de concevoir le haut de son propre corps avant d’être immortalisé, et d’être capté par l’optique de l’appareil photo.  César a toujours revendiqué le geste et le toucher. Son rapport à la matière se traduit d’abord par le côté tactile puis par le regard. L’artiste oscille entre les deux sens. Il a d’abord suivi une formation académique aux Beaux-arts, puis a baigné dans son élément dans cette usine de ferrailles, proche de Paris où tout a commencé. Le toucher devient création, quelque chose de l’espace à l’intérieur de l’œuvre, unique, vécue comme un avènement.
Le souci du détail et les plans rapprochés des photographies noir et blanc, d’Arnault Joubin caractérisent sa pratique. Particulièrement inspiré, il révèle l’essentiel de la personnalité de son modèle. »

Nathalie Gallon

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